Nous sommes toujours « coincés » dans la petite ville de Rurrenabaque car les tensions dans le pays ont encore augmenté. En 2 mots voici le topo : Evo Morales, le premier président indigène de Bolivie, est un socialiste qui tente de mettre en place des réformes pour redistribuer les richesses en faveur des plus démunis, en particulier les régions andines. Car la Bolivie est un pays à deux vitesses : certaines régions (Sucre, Cochamamba, Santa Cruz) sont riches car elles exploitent de nombreuses ressources naturelles (minéraux, pétrole etc) tandis que le reste du pays, en terres très arides est très pauvre. Mais les régions « riches », peuplées majoritairement de blancs (par opposition aux indigènes) sont opposés à ces réformes économiques. Elles sont aussi opposées aux réformes constitutionnelles que souhaite engager le gouvernement visant à nationaliser certaines industries et à renforcer le pouvoir central au détriment de l’autonomie régionale.
5 régions, détenues par l’opposition, sont en rébellion actuellement contre le gouvernent et demandent leur indépendance par rapport à La Paz. Elles estiment que les manœuvres du gouvernement visent à les destituer de leurs droits et que les richesses ne seront pas mieux partagées, et que Morales est en train d’installer sa dictature avec l’aide des pays voisins (le Venezuela notamment). Bref c’est un vrai imbroglio économico-politique auquel nous assistons et le pays semble au bord de la rupture car les discussions sont dans l’impasse. Dans les 5 régions rebelles, les bâtiments publics sont détruits et les forces de l’ordre sont submergées par les manifestants. Il y a eu quelques morts, apparemment mais il n’est pas facile pour nous d’avoir beaucoup plus d’infos car les médias locaux ont l’air muselés. Le gouvernement a fermé tous les aéroports du pays, et la plupart des routes dans le nord et l’est sont bloquées par les manifestants. Le prix du gasoil a déjà doublé en quelques jours à Rurrenabaque, et j’ai lu que quelques villes commencent à manquer de vivres.
De notre côté, je vous rassure, tout va bien : Rurrenabaque fait partie du Beni, l’une des régions « rebelles » mais aucun trouble n’est à signaler pour l’instant. Notre seul problème, c’est de savoir comment quitter la ville pour rejoindre la Paz puis filer vers le Pérou : nous avons un vol réservé, mais aucun avion ne circule dans la région depuis le 10 septembre. Tous les jours, nous passons dans les bureaux de la compagnie aérienne qui n’en sait pas plus que nous et qui nous demande de repasser le lendemain. Nous ne pouvons pas faire l’excursion de 3 jours dans la pampa car la route pour rejoindre le parc national est bloquée et nous n’avons pas vraiment envie de retourner dans la jungle (mes jambes me grattent encore tellement que je « psychote » à l’idée de recroiser le moindre moustique !).
Du coup, on attend tranquillement que ça se calme. Certains touristes sont un peu anxieux (soit parce qu’ils ont un vol international prévu, soit parce qu’ils veulent quitter le pays au plus vite) et s’organisent pour quitter la ville en bateau (12 heures de bateau pour rejoindre une ville à 4 heures de La Paz, avec l’espoir que les routes ne soient pas bloquées pour rejoindre ensuite la capitale). Nous on préfère attendre un peu, on n’est pas pressés. On se dit que si d’ici demain ou après-demain rien ne bouge, nous aussi on tentera le bateau. Mais pour l’instant, on se laisse bercer par le rythme tranquille et la lourde chaleur de notre petite pause tropicale. Après tout, ce n’est pas si souvent qu’on est obligé de ne rien faire, alors autant en profiter ! ;-)